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Digital thinking and ecosystem

La bosse de l'e-commerce sénégalaise


J’avais consacré quelques mois à mes clients appliquant les connaissances de la dynamique de l’écosystème numérique à leur stratégie de croissance et au mentoring des start-ups que j’accompagne, il était grand temps de reprendre mon tour du monde digital démarré en Asie où je suis un peu chez moi et s’attaquer à l’inconnu. J’ai donc entamé mon #africadigitour par le Sénégal qualifié de "Africa for the dummies". Tout à fait ce qui me fallait !

J’ai retrouvé l’environnement bien connu des pays émergeants avec des infra-structures limitées, une population peu bancarisée et utilisant le téléphone mobile pour tout faire. J’ai trouvé beaucoup de similarités avec certains pays d’Asie du Sud Est notamment Les Philippines et les différentes rencontres ont renforcé cette première impression.

Les hommes et les femmes font battre le coeur de l’écosystème. J’ai vu les représentants des différentes tribus que j’ai décrites dans les premiers chapitres de mon e-book : des core builders (les faiseurs), des knowledge feeder (ceux qui insufflent la connaissance) et des money feeder et des shapers.
L’économie informelle qui représente 41.6% du PIB et emploie 48,8% de la population domine dans ce pays, à titre de comparaison aux Philippines 38% de la population active vit de l’économie informelle.  Je poursuivrai la comparaison plus tard. J’ai compris l’étendu du mot informel en réalisant que toute transaction se fait en cash et la chaine de valeur complète échappe à toute forme de contrôle et statistique. Dans ce pays sans matière première, peu industrialisé, le statut salarié se fait rare. Dans ce contexte comment un écosystème numérique peut-il se développer ? Comme toujours par l’innovation de passionnés qui comprennent le besoin de clients et trouvent un marché.

C’est l’histoire de Ouicarry qui est si bien slammée dans la video Youtube

Oumar Yam, l’un des fondateurs de Ouicarry, fait partie de cette jeune diaspora franco-sénégalaise tentant la grande aventure entrepreneuriale. Diplômé d’Economie de l'Université de Montpellier, ensuite spécialisé en Finances a observé les habitudes commerciales et commencé par de l’innovation incrémentale.
Dans l’économie informelle Sénégalaise le commerce de marchandises aux consommateurs s’effectue en grande partie par des femmes transportant d’immenses bagages de Dakar à Paris ou toute autre grande ville de la diaspora en monnayant la marchandise et leur services. Ces services souvent nommés GP trouvent leur origine dans le personnel Air France autorisé à voyager en gratuité partielle. En 2012 Ouicarry démarra ses activités en optimisant et formalisant ce commerce traditionnel, organisant la collecte à l’étranger et la livraison au Sénégal. Dans une approche agile, Ouicarry réalisa que le traffic généré par l’e-commerce était en pleine croissance. L’absence de sites marchands localisés au Sénégal ne signifie pas que les consommateurs ignorent leur existence et veulent en profiter. Les locaux commandent donc sur différents sites marchands en France - USA - Chine principalement, avant Ouicarry ils devaient faire livrer leur commande dans le pays d’origine et attendre qu’un membre de la famille ou autre voyageur vienne au pays. Inutile de dire que la patience était de rigueur. Conscient de ce besoin Ouicarry propose un one stop shop à ses clients qui peuvent accéder á une multiplicité de sites à travers le monde, commander, payer et se faire livrer à domicile. Dans un pays d’économie informelle où les personnes sont peu bancarisées le paiement demande des méthodes adaptées. Les clients se répartissent en trois catégories :

1. Les clients qui connaissent et pratiquent l’e-commerce et ont une carte de paiement
2. Les clients qui ont besoin d’un devis avant de passer une commande
3. Les clients peu familiers de l’e-commerce sans carte de paiement. Il faut alors faire appel au réseau de paiement local utilisant les différents cash wallet disponibles tels que Orange Money ou Wari et les accompagner dans leurs premiers achats.
Le client paye à Ouicarry un forfait fixe après la livraison
En pivotant la start-up avait trouvé son marché et sa croissance et put en 2017 lever 300k Euros pour se développer, investir en outils et en personnel. Elle va pouvoir ainsi transformer ses data en anylitics utiles.

Ouicarry a établi de bonnes relations avec le service des douanes qui prélèvent des taxes sans pénaliser le développement de l’entreprise. Les tarifs douaniers peuvent être prohibitifs et bloquant pour l’expansion des entreprises dans la zone. Pour croitre Ouicarry va devoir être représenté dans les pays proches ayant des besoins similaires, la Cote d’Ivoire, Mali, Benin et trouver cet accord gagnant/gagnant.
Le recrutement de talents est une autre gageure. La formation en technologies, codeurs, programmeurs, designers etc.. fait défaut malgré la création de nouveaux cursus comparables au BTS et à l’émergence d’initiatives privées. De plus les jeunes étudiants sont souvent recrutés par les grandes entreprises internationales qui offrent des salaires attractifs. Les start-ups doivent les concurrencer sur les valeurs de l’entreprise qui parviennent à attirer les passionnés avides de changer le monde.
A plus long terme les sites marchands viendront sans doute s’implanter dans ces économies à la population jeune. Les moins de 20 ans représentent 55 % de cette population dont le taux annuel de croissance est de 3,8 %.  La croissance économique de 6.8% prévu en 2018 est saine.  De plus ce marché s’élargit à d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. On peut observer la stratégie d’Alibaba en Asie du Sud Est qui s’est allié avec des acteurs locaux pour capter ces nouveaux marchés. L’exemple de Lazada aux Philippines est parlant , lire mon article . Ouicarry est en bonne position pour participer à cette évolution.